Il n’y a pas de bouilloire dans ton appartement, mais il y a une grande enceinte pour écouter de la musique. Quel rôle jouent la musique et le son dans ta vie et dans ton art ?
Un rôle fondamental. Des amis m’ont offert une grande enceinte Marshall, et je l’emmène toujours avec moi. La moitié de mon processus créatif est intuitive, et la musique m’aide à entrer dans un état de flow, comme si je dansais avec mes émotions. Elle te déplace dans le temps et l’espace, elle crée un voyage intérieur à travers les cultures et les époques. La musique est un compagnon essentiel dans n’importe quel processus.
J’aime différents genres, mais surtout le folk venant de différentes régions du monde, quelque chose de traditionnel. Cela peut être de la samba brésilienne, du flamenco, ou un vieux rock, je ne sais pas, des États-Unis. Quelque chose qui puisse m’arracher d’ici et me transporter le plus loin possible. Et c’est toujours quelque chose de brut, de simple. Une mélodie et une voix.
Es-tu plus proche d’une approche intuitive ou du conceptualisme ?
Pour moi, l’art n’a jamais été un objet à étudier de manière systématique — comment créer, comment formuler un propos, comment fonctionner dans l’industrie. Tout s’est construit naturellement, et cela s’est révélé être mon chemin. L’art contemporain est, dans une certaine mesure, toujours conceptuel et offre la possibilité d'être plastique, d’inventer son propre langage pour exprimer une idée, en utilisant absolument tout — et parfois c’est incroyablement fort, et cela vient aussi du cœur. Mais je ne suis pas un conceptualiste: je peins simplement parce que je ne peux pas ne pas peindre.
C’est toujours différent. Des émotions diverses peuvent apparaître dans chaque œuvre. J’aime essayer de visualiser des sentiments opposés, contradictoires. Aujourd’hui, en situation d'émigration, la passion et l’excitation face au nouveau coexistent avec le sentiment d’avoir fait le bon choix, mais en même temps avec l’impression d’avoir fait un pas dans le vide, en laissant derrière soi un foyer familier et une certaine normalité. La curiosité et l’esprit d’aventure cohabitent avec la peur de l’inconnu. J’ai envie de montrer ces contradictions et la manière dont différents processus circulent dans notre psyché.
Il y a évidemment des points communs, car j’essaie d’analyser des processus globaux propres à notre époque et à notre génération. Le fil rouge de mon travail est l’incertitude existentielle. Autrefois, la vision du monde était plus concrète, définie par les traditions, la religion, le lieu de vie. Aujourd’hui, dans le flux de l’information et des communications, nous avons accès à toutes les conceptions existantes: aujourd’hui le bouddhisme, demain le marxisme, un peu de ceci, un peu de cela.
Au final, il devient difficile de trouver quelque chose en quoi l’on croit pleinement; la précision semble se dissoudre. Nous vivons dans un monde du " tout et en même temps ", ce qui offre une liberté de choix, mais rend impossible le fait de le faire avec assurance.
J’ai envie de transmettre cette incertitude mentale — le sentiment d'être sur une frontière: entre le monde réel et le monde numérique, entre différents états et visions du monde.
Quels thèmes explores-tu dans ton travail ?